Disparition d’Yves Bonnefoy et d’Abbas Kiarostami

Grande figure de la poésie française, Yves Bonnefoy (à gauche sur la photo, crédit Louis Monier, est décédé le 1er juillet 2016. Le cinéaste et poète iranien Abbas Kiarostami (crédit AFP) s’est éteint le 4 juillet 2016. Hommage.

Disparition d’Yves Bonnefoy et d’Abbas Kiarostami

© AFP

La poésie vient de perdre deux de ses figures.

Né en 1923, décédé le 1e juillet 2016, Yves Bonnefoy est devenu, au fil des années, une des grandes figures de la poésie de langue française.

LA TERRE

Je crie, Regarde,

La lumière

Vivait là, près de nous ! Ici, sa provision

D’eau, encore transfigurée. Ici le bois

Dans la remise. Ici, les quelques fruits

À sécher dans les vibrations du ciel de l’aube. 

© Extrait, Poèmes, regroupant Du mouvement et de l’immobilité de Douve, Hier régnant désert, Pierre écrite et Dans le leurre du seuil, Poésie/Gallimard, Paris, 1982 

En mars 2009, à l’initiative de la Maison de la Poésie, il était intervenu  à l’Université Versailles Saint-Quentin dans le cadre d’un cycle d’étude de lettres modernes. 

Cette intervention reste comme un des moments forts de notre histoire.

Yves Bonnefoy était aussi essayiste, critique d’art et traducteur, principalement de Shakespeare.

Abbas Kiarostami (né en 1940, décédé le 4 juillet 2016) est mondialement connu et reconnu comme un des grands cinéastes du monde, pour des films comme À travers les oliviers (1994), Le Goût de la cerise (Palme d’Or, Cannes 1997), Ten (2002)….

Il était aussi poète. Son œuvre est constitué de courts poèmes, que d’aucuns qualifieraient de haïkus, qui sont autant d’instantanés du monde et du temps, et de l’homme dans ce monde et ce temps, à l’instar de son travail photographique exposé dans le monde entier.

En 2002, les éditions P.O.L. publient Avec le vent, qui rassemble plus de deux cents de ses poèmes.

En 2010, les éditions érès publient, dans la collection Po&psy dirigée par Danièle Faugeras, Havres (réédité en 2012), et, en 2014, une somme de près de mille poèmes, Des milliers d’arbres solitaires, traduits par Tayebeh Hashemi et Jean-Restom Nasser, et par Niloufar Sadighi et Franck Merger.

« Une œuvre toute tendue vers le retrait et l’épure : soustraire pour mieux montrer, s’abstraire de la narration pour inventer des formes d’écriture qui entrent en résonance avec le monde visible. » (site des éd. érès).

Abbas Kiarostami avait été l’invité de la dernière édition du festival Les Voix de la Méditerranée de Lodève (Hérault), en 2014.

quand je n’ai rien dans la poche

j’ai la poésie

quand je n’ai rien dans le frigo

j’ai la poésie

quand je n’ai rien dans le cœur

je n’ai rien

extrait de Des milliers d’arbres solitaires, éd. érès, coll. Po&psy in extenso, 2014